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12.09.2018

Un chef d'entreprise d'Anglet reçu au Ministère

Environnement

Avant sa spectaculaire démission médiatique, Nicolas Hulot (ex Ministre de la Transition écologique et Solidaire) avait croisé le chemin d’un chef d’entreprise local. Dans son bureau d’Anglet, Maël Prud’homme, dirigeant d’Ekosea, revient sur cette rencontre aussi enrichissante qu’inattendue.

Quand Ekosea a-t-elle été fondée ? Et qu’est-ce qui vous a amené à créer cette plateforme ?

Je pratique l’océan depuis toujours. Ma famille étant du Golfe du Morbihan, je peux dire que j’étais sur un bateau avant de savoir marcher. À l’adolescence, j’ai découvert le surf ainsi que l’association Surfrider Foundation dont nous avons ouvert, avec des amis, une antenne dans le Morbihan. La sensibilisation à l’environnement a toujours fait partie de mon histoire tout comme les sports nautiques. Après des études dans le marketing, mon parcours professionnel m’a mené au Canada et en Polynésie, notamment sur des questions de prévention et de préservation de l’environnement. De retour en métropole, j’ai monté un cabinet de courtage en financement et le groupe auquel j’appartenais, était sponsor d’un bateau participant à la route du rhum. Notre bateau a terminé bon dernier et du coup il a beaucoup fait parler de lui dans les médias. C’est ainsi que les sollicitations pour sponsoriser différents projets ont afflué. Je me suis alors rendu compte qu’il n’existait aucune plateforme de financement participatif spécialisée dans le domaine de l’océan. Cela me paraissait avoir pleinement du sens avec mon parcours et mes convictions. C’est ainsi qu’est née Ekosea, la première plateforme de financement participatif dédiée à l’océan et à l’environnement.

<Quel type de projets accompagnez-vous ?/b>

Nous sélectionnons les projets que l’on souhaite accueillir. Cela va d’un tour du monde « 0 déchets », à l’accompagnement d’un surfeur sourd pour les championnats du monde de handi-surf en passant par le re-bouturage de coraux en Polynésie. Au total nous avons accompagné 98 projets à ce jour, avec un taux de réussite de 83 % (la moyenne en France est de 61 % sur l’ensemble des plateformes).

Dans le cadre de cette activité, vous recevez un beau jour une invitation. Quelle est votre première réaction ?

Lorsque je reçois le mail, j’éclate de rire en croyant que c’est un faux. Puis un deuxième mail est envoyé me confirmant l’authenticité du premier. Il s’agissait bien d’une vraie invitation en provenance du Ministère de la transition écologique et solidaire.

Pourquoi vous ? Comment sont-ils venus vous chercher ?

Parce que j’étais signataire du manifeste « Osons demain » initié par le dirigeant de Système U. On est environ 600 chefs d’entreprise à l’avoir signé. Le Ministère a donc invité des patrons signataires en prenant à la fois des représentants de grandes structures (Système U, Natures et Découvertes, Clarins…) ainsi que de toutes petites comme Ekosea. La philosophie de ces entreprises est de faire en sorte de ne pas être uniquement guidé par le gain et la productivité.

Quand et comment se déroule la rencontre avec le Ministre ?

C’était le 11 juillet dernier. Nous étions environ 70 chefs d’entreprise devant le Ministre, dans l’Hôtel Roquelaure sur le boulevard Saint-Germain à Paris (siège du Ministère). Nicolas Hulot avait un discours écrit mais il ne l’a pas lu. Il s’est directement adressé à nous en déplorant qu’on parle souvent de ce qui ne va pas en France. Or, il se réjouit qu’à travers ce manifeste ce sont non seulement les chefs d’entreprise qui s’expriment mais que ces derniers représentent un état d’esprit avec l’ensemble des personnes qui sont dans ces sociétés et qui, au final, si on les compte, sont plus nombreux que ceux qui font du bruit. On pourrait résumer son intervention en disant qu’on entend l’arbre qui tombe mais pas la forêt qui pousse. Il s’agissait donc de se rencontrer pour démarrer un dialogue et déboucher ensuite sur d’autres rencontres et des propositions pratiques.

Avez-vous pu converser personnellement avec Monsieur le Ministre ?

À la suite de son discours, il a pris du temps avec qui voulait pour échanger. J’ai eu l’occasion de le rencontrer et de lui offrir un T-shirt de la marque « 727 Sailbags », une société française qui crée des vêtements, des sacs et du mobilier à base de toile de voile recyclée. Le modèle que je lui ai remis s’appelle « les quarantièmes rugissants » en supposant qu’il doit les franchir régulièrement et en lui souhaitant bon courage !

Que retenez-vous de cette rencontre ?

C’était intéressant car ce ne sont pas des endroits que l’on fréquente tous les jours. Et puis c’est quand même positif de voir que l’on est entendu par les pouvoirs publics. Même si l’on sait que le temps de l’environnement (à long terme) n’est pas le même que celui du politique. À titre personnel, c’est gratifiant pour mon entreprise car même si elle est jeune, cela veut dire qu’elle est reconnue désormais.

Depuis cette rencontre, avez-vous eu des retours suite à l’événement ?

Oui, c’est un peu comme lorsque l’on passe à la télévision. Le regard des gens change un peu, comme si j’avais un tampon de crédibilité en plus. Les prises de contacts se sont multipliées, tant avec des investisseurs potentiels que pour des invitations à intervenir. Au niveau des projets, nous avons plus de sollicitations dont des dépôts de projets un peu farfelus.

Quelles autres idées auriez-vous aimé soumettre à Nicolas Hulot ?

C’est compliqué de lui soumettre des idées car franchement son poste n’était pas facile. Il y a tellement de problèmes à régler. La problématique n’est pas de sauver la planète mais de sauver l’humanité car la planète s’en sortira sans nous. De toutes petites actions comme l’interdiction des pailles en plastique, peuvent être simples à mettre en oeuvre et avoir un impact immédiat sur l’environnement. Il faut revenir à des choses pragmatiques et au bon sens paysan… mais je pense qu’il est déjà au courant de tout ça. Néanmoins la moindre décision à prendre a des répercussions liées à l’économie et à l’emploi.

Pour finir, quel conseil donneriez-vous aux lecteurs pour changer les comportements ?

Nous sommes à la fois le problème et la solution. Notre cerveau fait que nous ne réagissons au danger que s’il est immédiat donc pour le moment tout le monde s’en moque. Chacun de nous peut être porteur de la part du colibri (NDLR : métaphore de Pierre Rabhi) ; faire ce que nous pouvons chacun à notre échelle. Notre consommation est la meilleure arme ; consommer plutôt local, plutôt responsable. Ensuite, toute est une question de balance entre notre plaisir d’être humain et notre conscience de citoyen.

Yannick REVEL