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03.05.2019

Scale invente la pierre d’écailles


Dans ses locaux d’Anglet, une jeune société met au point un nouveau matériau à base d’écailles de poisson. Scale valorise ainsi un déchet naturel inutilisé, pour des applications variées et parfois inattendues.

Parmi les futurs fleurons de l’économie figurent ceux qui sauront profiter d’un formidable réservoir de ressources : les déchets. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », la citation de Lavoisier édictée en 1789 est plus que jamais d’actualité. Le plastique, le papier, le textile… les initiatives sont nombreuses et fleurissent aussi dans notre région. L’une d’entre elles vise à transformer des écailles de poisson en matériau. Un concept jusqu’ici jamais exploité.

Un nouveau matériau 100 % bio

L’écaille de sardine, avant transformation 

L’idée vient d’Éric de Laurens. Designer à Londres pour une agence d’envergure internationale, il s’intéresse de son côté aux déchets alimentaires. Il s’arrête rapidement sur l’écaille de poisson, persuadé que ses propriétés peuvent être utiles. Il en parle alors à son cousin et se lancent tous deux dans cette aventure en 2017. Deux ans plus tard, les voici installés dans leurs premiers locaux, au sein de la technopole Arkinova. Ici, ils travaillent et affinent le procédé de fabrication de la Scalite, le matériau qu’ils ont inventé.
« Scale veut dire écaille en anglais et lithos signifie pierre en grec » explique Édouard de Dreuzy, l’autre cousin cofondateur. Cette pierre d’écailles est donc élaborée à partir de ces tuiles protectrices de la peau des poissons. Récoltée auprès des mareyeurs ou des pêcheurs, elle est ensuite déshydratée et broyée pour obtenir une poudre fine comme de la farine. Cette opération est confiée à un laboratoire de Lorient qui expédie ensuite les barils de poudre au Pays Basque afin que cette poussière d’écaille devienne un matériau solide. Après un procédé de compression et de séchage, des plaques de Scalite sont prêtes à l’emploi. Dérives, lunettes, gobelets… les associés ont usiné sur place des petits objets pour montrer le potentiel de leur invention. « Avec une simple fraiseuse numérique, on peut réaliser des objets fins, résistants et esthétiques » résume l’entrepreneur.

Des utilisations dans des univers variés

Les applications sont multiples et on peut ainsi imaginer la Scalite dans l’aménagement d’intérieur, le mobilier, les accessoires de modes… « Nous sommes sollicités par des designers, des architectes d’intérieurs, des marques de luxe et quelques industriels » raconte celui qui s’occupe des relations commerciales. Avant de vendre, ils doivent peaufiner leur savoir-faire mais aussi optimiser leur sourcing. « Le gisement est énorme » se réjouit Édouard de Dreuzy. Avant de détailler ; « rien que sur la sardine, il y a 25 000 tonnes d’écailles jetées chaque année sur les côtes européennes et marocaines ». Pour avoir une matière de première fraîcheur, l’entreprise discute avec le port de Saint-Jean-de-Luz afin d’organiser une collecte directement sur les bateaux.

Quelques exemples d’utilisation de la Scalite


Soutenue par la filière pêche, Scale est aussi supportée par l’Agglomération Pays Basque, la région Nouvelle-Aquitaine ainsi que la BPI (Banque Publique d’Investissement). Mais pour franchir un cap supplémentaire, les associés prévoient une levée de fonds pour l’automne 2019. La jeune société espère obtenir un demi-million d’euros pour financer l’acquisition de matériel nécessaire à son développement et ainsi augmenter les capacités de production d’un matériau 100 % biosourcé que l’on pourrait notamment retrouver prochainement dans nos maisons, sur nos tables ou sur notre nez.

Yannick REVEL (texte et phtos)