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03.10.2018

Mission Patrimoine

Bidart

Recrutée par la commune de Bidart et la Région Nouvelle-Aquitaine, Maité Ehlinger est arrivée au Pays Basque en juin dernier. Titulaire d’une licence en histoire de l’art et d’un master en restauration et réhabilitation du patrimoine bâti, la jeune femme est investie d’une mission d’inventaire du patrimoine bâti. Pendant un an, elle doit dénicher et classer toutes les pépites situées sur le territoire de la ville côtière.

Vous avez intégré la commune de Bidart en tant que chargée de mission « inventaire du patrimoine bâti », en quoi consiste votre activité ?

C’est une grande mission de terrain où j’ai toute l’architecture de Bidart à recenser jusqu’aux années 1990 donc beaucoup de maisons et de bâtiments à regarder. Ce recensement sert à comparer toute l’architecture qui existe sur Bidart pour essayer d’en séparer les lignes directrices. Par exemple j’ai déjà remarqué qu’il y a plusieurs façons de faire une maison de type néo-basque, selon les périodes.

Précisément, vous allez faire du porte à porte ?

Tout d’abord, je m’aide du cadastre ancien (de 1831) et de l’actuel comme première base de travail. Ensuite, je me déplace pour voir les maisons, rencontrer les propriétaires, faire des photos.

Quel accueil rencontrez-vous de la part des bidartars ?

Il y a de tout, l’appareil photo fait parfois un peu peur, les gens se demandent pourquoi je prends des façades en photo. D’autres m’arrêtent dans la rue pour me raconter leurs souvenirs. Certains me laissent rentrer dans leur maison sans souci et sont curieux d’en savoir plus sur mon travail.

Quelles sont les difficultés que vous croisez ?

Le seul bémol est que je n’ai pas assez de photos anciennes, je pense que l’on fera un appel public pour cela. L’autre difficulté est qu’il y a beaucoup de villégiatures dont les propriétaires sont rarement là et, quand ils sont présents, ils sont en vacances et n’ont pas forcément envie d’être dérangés.

Au terme de la mission, cela se traduit par un rapport ?

Pour la commune, il s’agit de connaître ce qu’il y a sur son territoire car Bidart veut s’inscrire dans un SPR (Site de Patrimoine Remarquable). Les bâtiments que j’inventorie sont donc classés en trois catégories ; ordinaires, remarquables et exceptionnels, ce qui aidera la mairie dans l’établissement de son futur plan local d’urbanisme et dans l’établissement du périmètre du SPR. Ce recensement sert à la mairie de Bidart et les éléments les plus remarquables feront l’objet d’études spécifiques pour le compte de la région Nouvelle-Aquitaine.

Avez-vous déjà eu une approche de la culture basque et des spécificités de son architecture ?

Non, pas du tout. Etudiante à Rennes, j’étais plus sur le patrimoine breton. Aujourd’hui, je découvre la région et ses particularités. Ceci n’est pas plus mal car je viens sans acquis, avec un oeil totalement nouveau.

Quel est l’enjeu de la démarche de classification SPR pour la commune de Bidart ?

Déjà cela permet de protéger ce qu’il y a à protéger. Ceci vaut pour le patrimoine mais peut aussi concerner des belles petites maisons de lotissement des années 1950 par exemple, car elles sont un symbole de cette période. Ensuite c’est valoriser ce patrimoine. Par exemple le groupe scolaire construit en 1932 par Henri Rateau va être réhabilité avec une médiathèque en rez-de-chaussée et quelques logements en extension.

Quelles autres actions peuvent être engagées suite à cette étude, en dehors du SPR ?

Une approche de valorisation sera mise en oeuvre pour le public (touristes et locaux), en particulier les enfants. Cette année, Bidart a participé pour la première fois aux journées du patrimoine avec l’ouverture de la villa Emak Bakia (villa privée du début du 20ème). Cet évènement a rencontré un réel succès et encourage encore plus la commune à réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour promouvoir son patrimoine. Mais avant de le faire connaître, encore faut-il le répertorier car on se rend compte que la commune ne sait pas vraiment ce qui se trouve sur son territoire.

Comment expliquez-vous cette méconnaissance ?

Je pense que c’est principalement dû à l’évolution très rapide de la commune. Aujourd’hui au travers de cet inventaire c’est aussi l’histoire du village que l’on cherche à reconstituer. Car si on a des bribes de son histoire agricole, du port de pêche, du bourg, on n’a pas vraiment de récit général.

Depuis le début de votre mission, êtes-vous tombé sur des pépites insoupçonnées ?

Oui, on a de très belles villas. Par exemple, j’ai visité une néo basque de 1918 avec les grilles d’époque au sol pour le chauffage installé dans les soubassements. Rien n’a bougé dans cette maison que l’on ne connaissait pas car elle est privée et un peu cachée.

 Yannick REVEL (texte et photo)