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15.05.2018

DECOUVERTE

Simon & Simon, la dernière perle artisanale

Trouver une manufacture perlière en France est aussi exceptionnel que de rencontrer une perle dans une huître. S’il est fort improbable de tomber  sur une pépite en ouvrant un coquillage, la visite d’un si rare atelier n’est pas impossible, puisqu’il se situe tout près de chez nous, à Bayonne. 

Des trésors insoupçonnés se dissimulent dans nos villes. C’est dans le quartier résidentiel bayonnais de Beyris que l’un d’entre eux se cache. À l’arrière d’une belle demeure, les ateliers Simon & Simon perpétuent la tradition d’une maison née en 1865. 

La tradition depuis Napoléon

À l’origine de la dynastie bijoutière, Télesphore Simon était sertisseur pour Napoléon III. Son savoir-faire voyage à travers le monde pour des expositions internationales de Moscou à Chicago en passant par Londres. Installé à Paris, il transmet sa passion à son fils Edouard qui décidera dans les années 1950 de déménager l’activité à Bayonne. Ceci pour se rapprocher de leur matière première principale. 

Avec le temps, la manufacture s’est spécialisée dans la production de perles nacrées. Arrivant sur la côte, la proximité des ports de pêche lui apporte sa ressource naturelle essentielle : l’écaille de poisson. Celle-ci permet d’obtenir la nacre qui recouvre les billes de verre pour les transformer en perle bijoutière. Un long processus que la famille Simon a façonné au fil du temps.

C’est la dernière manufacture perlière de France. En visitant les ateliers de cette exception bayonnaise, on comprend pourquoi. Patience et minutie sont certainement les mots qui définissent au mieux le processus. Nombreuses sont les étapes depuis la réception des billes de verre, blanches ou transparentes, jusqu’à la mise en vente du bijou terminé. Dressées sur des aiguilles les petites perles sont alignées sur des réglettes qui permettent leur manipulation. Ces mètres de bois viennent alors plonger les sphères dans la nacre. Plusieurs coloris existent et, si le plus classique et le plus connu demeure le naturel, le noir connaît récemment un certain succès.  

Quatrième génération d’un fleuron du luxe

Après le bain, les lignes de perles sont disposées sur un mécanisme tournant pour l’étape du séchage. Telle une broche dans un four, la rotation de l’appareil permet une ventilation permanente pour une parfaite répartition du précieux liquide. Cette opération trempage / séchage est répétée à quinze reprises. A l’issue de cette phase, les perles sont une à une contrôlée. Délicatement prélevée et brossée, elles seront ensuite montées sur des bijoux (colliers, boucles d’oreille…), des accessoires ou des vêtements. La manufacture a eu de multiples collaborations avec les plus grands noms de la mode. Ainsi des perles réalisées à Bayonne sont venues orner les créations de grandes maisons de la mode telles que Dior, Lanvin ou Chanel. 

Aujourd’hui la quatrième génération de dynastie familiale est représentée par Nathalie Simon. C’est elle qui imagine les nouvelles créations de la marque. Et la plupart des bijoux que l’on peut voir dans l’espace boutique a été montée de ses mains. Une passion et des standards d’exigence maintenus envers et contre tout.  Un certain éloge de la lenteur dans un monde où tout va très vite. Le temps n’est-il pas un luxe ?  

Yannick REVEL