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15.03.2019

Art of Soule met le Japon à ses pieds


Dans ses ateliers de Mauléon, l’entreprise « Art of Soule » vient de mettre le dernier coup d’aiguille à une série très limitée d’espadrilles. La chaussure emblématique du Pays Basque est réalisée en collaboration avec une manufacture japonaise qui fabrique le Minsah, tissu traditionnel d’Okinawa habituellement utilisé pour confectionner les ceintures de kimono. Une nouvelle aventure pour l’entreprise locale qui oeuvre depuis plus de 10 ans au maintien d’un savoir-faire « Made in Soule ».

À peine descendu de l’avion, Yoshi Watanabe rejoint les ateliers de Mauléon pour vérifier la bonne réception des tissus Minsah. Le distributeur japonais des produits « Art of Soule » est fier d’avoir réussi à convaincre la manufacture Azimiya et les autorités japonaises, d’autoriser exceptionnellement l’exportation et l’utilisation de ce tissu, loin d’Okinawa et du Japon. Il s’agit d’une collection capsule d’une centaine de paires qui sera vendue à Okinawa et Biarritz exclusivement.

Sur l’île de Ishigaki au coeur de l’archipel d’Okinawa, on tisse à la main le Minsah depuis le 17ème siècle, et ce dans la plus grande tradition ancestrale. « Le plus important dans ce tissage réside dans la technique de l’alternance de quatre carrés et de cinq autres dans la même rangée, un motif unique, symbole de l’amitié » explique Yoshi.

C’est la première fois que le Ministère de la Culture donne son aval à son utilisation pour autre chose qu’à des accessoires classiques. La pression est donc grande pour le distributeur japonais qui a attendu près d’un an avant d’avoir les autorisations nécessaires. Avec ces espadrilles Minsah, il espère se démarquer sur un marché de plus en plus concurrentiel.

De leur côté, Mathieu Labat et Julien Maisonnave, les fondateurs d’« Art of Soule », sont confiants. Depuis 8 ans ils travaillent à des collections exclusives pour le Japon, un pays avec lequel ils partagent de nombreuses valeurs notamment l’attention portée au savoir-faire. L’entreprise y exporte près de 5 000 paires d’espadrilles par an, des modèles 100 % Made in France de la semelle au tissu en passant par les fils, teints dans le Béarn. Elles sont vendues dans les plus grands magasins du pays, comme Isetan à Tokyo, où elles font le bonheur des fashionistas japonaises.

Attaché à la qualité de leurs produits, « Art of Soule » a décidé de limiter sa production à 40 000 paires par an. En partenariat avec leur fournisseur historique de Mauléon, l’entreprise a fait le choix d’investir dans un parc de nouvelles machines à coudre plus fiables et aux finitions des produits irréprochables.

« Nous avons diminué notre volume de vente pour nous concentrer sur la qualité et conquérir de nouveaux marchés » explique Mathieu Labat. Pour atteindre les objectifs fixés, l’entreprise va d’ici le printemps, lancer une campagne de financement participatif pour l’acquisition de nouvelles machines. Une bonne nouvelle pour les ateliers de Mauléon et le tissu économique local au moment où l’activité espadrille redevient bénéficiaire

Aude Lagrabette (texte et photo)