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08.06.2018

Arkiturria, la nature intégrée à l'habitat


Il y a quelques semaines (parution du 04/04/18), nous vous parlions de BaityKool ce projet d’habitat innovant qui représentera la France lors de la compétition internationale Solar Décathlon en novembre prochain à Dubaï. Parmi les membres de l’équipe, Bertrand Canigiani intègre dans la maison concept, un système d’aquaponie. Rencontre avec un passionné et une technique à la fois ancestrale et futuriste.

Entre le Lycée Cantau et le campus universitaire de Montaury, la technopole Arkinova se situe au coeur d’un écosystème dédié à la construction. C’est dans cet environnement de pointe que Bertrand Canigiani a pris place avec sa société Arkiturria, actuellement en incubation dans la pépinière d’entreprise. Derrière son ordinateur, le regard est vif, sans cesse stimulé par de nouvelles idées et les applications possibles de ses recherches.

« Bertrand Canigiani devant un prototype »

Sans terre et presque sans eau

Fils de céréalier, l’homme se passionne pour l’agronomie. Chez lui, il fait pousser toutes sortes de fruits et légumes hors-sol. « J’arrive même à avoir des melons et des carottes, sans terre » précise-t-il avec enthousiasme. Ces expériences portent depuis des années sur l’aquaponie. Ce mot est la contraction entre l’aquaculture (élevage de poisson) et l’hydroponie (culture des végétaux hors-sol). En résumé, on couple les deux activités en une seule, reproduisant ainsi en cercle fermé l’écosystème d’une rivière.<br/> Prises séparément, ces activités sont polluantes et très gourmandes en eau. En les mariant de la sorte, en circuit clos, on réalise « une économie de 90 % d’eau » explique le créateur d’entreprise. Et la qualité est au rendezvous. Dans ce cercle vertueux les poissons travaillent pour les plantes et les plantes travaillent pour les poissons. Ne reste qu’à nourrir les animaux. Leurs déjections se transforment en bactéries qui deviennent des nutriments pour les plantes qui les aspirent et renvoient l’eau propre aux poissons. Une technique de culture ancestrale qui se pratique dans les rizières. « En Asie, les peuples y introduisent des poissons pour enrichir leurs cultures et de temps en temps, ils en pêchent un » raconte le spécialiste. Loin des plateaux vietnamiens, la pratique va désormais intégrer un autre domaine.

Du maraîchage au bâtiment

L’ambition de Bertrand Canigiani est de concurrencer

les façades végétalisées. Architecte de formation, il a oeuvré pendant douze années en bureau d’études. Lorsqu’il quitte son ancien employeur, il envisage de greffer le fruit de ses recherches en aquaponie dans le secteur du bâtiment. Ainsi les reconstitutions de cycles naturels se voient intégrées dans des habitats individuels mais aussi dans des bâtiments collectifs. Alors que la façade végétalisée reste essentiellement esthétique et nécessite beaucoup d’eau, ces circuits permettraient aux habitants de manger le fruit de leur culture murale. Le tout avec un entretien minime puisque Bertrand et son stagiaire Axel automatise les choses au maximum, pour que la rivière verticale nécessite le moins d’interventions humaines.